IMINI-BOUTAZOULT EN 1938
Le grand reporter Raymond LAURIAC venu aux mines de l'Imini décrit les réalisations de la société Mokta El Hadid.

IminiLavage

Une station d’essais permettait de mettre au point la meilleure manière de traiter le minerai. Le lavage fut d’abord essayé dans le petit bassin figurant sur la photo.

Assif n’Imini : Quelle est l’origine de la Compagnie Mokta El Hadid ?
Mokta El Hadid
: La société date de 1865 et s’est constitué à l’initiative d’un polytechnicien génial, Paulin Talabot, qui après avoir racheté un permis d’exploiter en Algérie a confié à un ingénieur des mines le soin de monter une société nouvelle et d’exploiter un gisement de minerai de fer situé près de Bône. Il lui donna le nom de « Compagnie des minerais de fer magnétique de Mokta-el-Hadid » ce qui signifie en arabe, ‘la coupure de fer’. C’était la première exploitation d’une société qui allait ouvrir des sites miniers dans le monde entier et les associer à des sociétés de transport qui devinrent florissantes.

Assif n’Imini : La première mine de l’Imini a t-elle commencé entre les deux guerres ?
Mokta el Hadid
: Oui, c’est en 1929 que la Compagnie Mokta El Hadid créa une société pour l’exploitation d’Imini en association avec le BRPM (Bureau de Recherches et de Participations Minières) du Maroc. Ce fut la Société Chérifienne d’Études Minières « SACEM ». La même année, la Compagnie procède à l’aménagement des installations et du traçage du gîte. L’exploitation débutera avant la guerre de 1939-1945, mais de manière très limitée et elle ne commencera vraiment qu’en 1947.

Assif n’Imini : Quelle était la situation de la mine d’Imini à la veille de la guerre de 39-45 ?
Mokta El Hadid
: Nous avons trois photos du photographe Ratel qui nous donnent un aperçu de la mine en 1938. Vous avez pu voir celle, pittoresque, des premiers essais de lavage. Nous en avons deux autres, l’une peu distincte d’un tapis roulant et l’autre étonnante d’un tri par ventilation. Elles ont été prises toutes les trois en 1938.

IminiTransbordeur

Pour assurer les manutentions de minerai dans les chargements de véhicules, la mine d'Imini était équipée d’un transporteur à tapis roulant, ce qui à l’époque (1938) innovait.

chargeMangan901

Plusieurs années plus tard (1948-50) le même tapis roulant avait prouvé sa résistance et son utilité.

Assif n’Imini : En quoi la mine d’Imini devenait-elle stratégique ?
Mokta El Hadid
: Nous sommes en 1938 et la menace de guerre occupe l’esprit des milieux politiques, mais également des milieux économiques. Dans La Vigie marocaine, une personnalité comme Raymond LAURIAC  affirme dans une série d’articles la nécessité d'obtenir des pouvoirs publics au Maroc qu'ils fassent plus pour les mines marocaines en leur facilitant les transports par des routes, des lignes de chemin de fer, des téléphériques et des ports aménagés.
Il soutient la thèse que si la production minière est importante, l’équipement en armement contre l’Allemagne menaçante sera plus fort et que la guerre sera évitée.
Il défend l’idée aussi que le développement des mines donnera du travail à de nombreux marocains qui grâce à leurs salaires pourront affronter la misère ambiante. Il souligne que déjà sur l’ensemble du territoire marocain 15000 salariés vivaient de la mine en 1937 et que ces salaires non seulement leur procuraient un niveau de vie supérieur à beaucoup d’autres marocains, mais en plus ils stimulaient par leur consommation les activités artisanales et agricoles traditionnelles. Des calculs faisaient apparaître que 40% du chiffre d’affaires passaient en salaires, 26% en frais de transport, 12% aux fournisseurs du Maroc, 12% en divers, 10% aux fournisseurs de l’étranger.

IminiVentilo

Le système à puissante ventilation dont s’est outillé la SACEM à Imini permet en 1938 d’effectuer non seulement le triage, mais aussi le nettoyage du minerai.

Assif n’Imini : Est ce qu’en 1938 les mines voisines de BouAzzer et de Tiouine étaient exploitées ?
Mokta El Hadid
: Tout à fait : à Tiouine une petite grue actionnée par un moteur permettait  de monter le minerai de la galerie d’extraction jusqu’à la surface par un puits profonds d’environ 30 mètres. De même aux mines de cobalt de Bou-Azzer, le triage du minerai se faisait depuis peu avec un nouveau tamis à secousses. Mais c’était à Imini que les installations étaient les plus avancées grâce à la puissance financière de Mokta El Hadid
.

Assif n'Imini remercie J & J-M DECAILLOZ pour avoir permis d'accéder à  ces informations historiques et à ces documents photographiques  de grande importance pour le futur Musée de la mine d'Imini-Boutazoult. Ils constituent avec les  photographies  communiquées par MAMIE PAULETTE les toutes premières  images que nous possédions  de la mine où  tant d'Iminiens ont travaillé durement.