HENRI LAFOND, PDG DE LA SACEM JUSQU’EN 1962, EST ASSASSINÉ LE 6 MARS 1963
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Le PDG de la SACEM en 1962 était Henri Lafond, un polytechnicien, ingénieur des mines, qui après un début de carrière dans l’Administration française s’était réorienté vers le métier de banquier d’affaires industrielles.
Le 6 mars 1963 au matin, Henri Lafond est assassiné de plusieurs balles de revolver alors qu’il quittait son domicile pour aller à son travail, au siège de la Banque de l’Union Parisienne (BUP) à Paris. Bien que le meurtre ne fut pas revendiqué, il fut attribué à des hommes de main de l’ O.A.S. l’organisation colonialiste dite de l’armée secrète, qui utilisait le terrorisme contre la politique du Général De Gaulle. L’assassinat eut lieu deux jours après la condamnation des auteurs de l’attentat du Petit-Clamart et le jour même de la condamnation à mort de leur chef, le polytechnicien Jean-Marie Bastien-Thiry (36 ans). Ce meurtre aurait été commis car Henri Lafond n’aurait pas voulu plaider la grâce de Bastien-Thiry auprès du Chef de l’Etat : il aurait aussi refusé d’inciter les entreprises de son groupe à aider financièrement l’O.A.S.
Henri Lafond et le Général se connaissaient. Lafond avait ses entrées à l’Elysée. Une heure seulement après l’assassinat, la police s’est empressée de fouiller le bureau d’Henri Lafond pour en enlever toute trace de relation entre les deux hommes, au cas où Lafond aurait écrit un compte rendu de ses entretiens avec le Général. C’est en tout cas la version d’Emmanuel Lamy, le numéro 2 de la BUP.
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QUI ETAIT HENRI LAFOND ?
HENRI LAFOND était non seulement le principal dirigeant d’une banque d’affaire, la BUP, mais il dirigeait de nombreuses sociétés au travers de leurs conseils d’administration.
Issu d’une famille très modeste, il était sorti de l’Ecole polytechnique en 1914, avait obtenu la Croix de guerre et avait réussi l’Ecole des Mines en 1919. Il commence sa carrière dans l’Administration française, mais la quitte pour la Banque Mirabaud en 1929. La Banque Mirabaud s’était spécialisé dans l’industrie minière et les industries associées ; La famille des banquiers Mirabaud avait créé une filiale : l’ASSOCIATION MINIÈRE. Lafond en reçoit la direction dès 1930 et devient administrateur de nombreuses sociétés minières.
Le Gouvernement de Vichy le nomme en juillet 1940, Secrétaire général à l’Énergie. Il organise la pagaille dans le transport des carburants vers l’armée allemande, ce qui fait qu’il est révoqué en novembre 1942. En 1943 il est PDG des Mines du Huaron et organise des réunions secrètes d’administrateurs d’industries minières. Ces réunions, devenues des rencontres d’amis inséparables continueront mensuellement pendant vingt ans après la guerre.
Après la Libération, en décembre 1945, Lafond devient PDG de la Société du Djebel-Djérissa et le restera jusqu’en 1962. Il est également administrateur de la Banque de l'Union Parisienne et de nombreuses sociétés qui le sollicitent en raison de sa lucidité et de compétences exceptionnelles en matière de stratégie économique.
Il devient PDG de la Banque de l'Union Parisienne à partir de 1951. et est nommé président d'honneur de l'ASSOCIATION MINIÈRE à partir de 1954. C’est qu’il a organisé dans le plus grand secret en 1953, la fusion de la B.U.P. avec la Banque Mirabaud. ( ne pas confondre avec Mirabeau)
C’est ainsi que la Banque dirigée par Henri LAFOND avait le contrôle de la Compagnie de MOKTA EL HADID et qu’encore en 1962 la SACEM l’avait comme PDG.
Henri Lafond était Commandeur de la Légion d’Honneur.
Poirier287

QUELS ÉTAIENT LES LIENS D’HENRI LAFOND AVEC LE MAROC ?
Nous ne savons pas tout des liens d’Henri Lafond avec le Maroc. Cependant dès 1939, il est administrateur de la Compagnie marocaine au titre de la Banque Mirabaud.
Emmanuel LAMY, qui lui succèdera à la tête de la BUP, raconte qu’Henri Lafond avait fait un séjour au Maroc au printemps 1954 et qu’à cette occasion il lui avait proposé de travailler avec lui à la BUP pour devenir son directeur général adjoint. Emmanuel Lamy dirigeait à cette époque les finances du Protectorat marocain après avoir eu des responsabilités importantes aux Etats Unis dans le cadre de la mise en place du Plan Marschall. Il n’avait pas l’intention de quitter l’Administration publique à laquelle il était particulièrement attaché. Pourtant, invité à Paris par Henri Lafond, il fut particulièrement intéressé par la personnalité exceptionnelle de ce patron charismatique, qui lui fit comprendre que le Protectorat marocain n’en avait pas pour très longtemps. Emmanuel Lamy demanda un temps de réflexion qui n’excéderait pas la préparation du Budget 1955 du Maroc. Emmanuel Lamy donna son accord à Lafond en décembre 1954 et intégra la BUP fin février 1955. Le Sultan Mohamed V était de retour huit mois plus tard. La lucidité d’Henri Lafond ne se démentait pas.
Après la mort tragique d’Henri Lafond, les liens tissés sous le Protectorat par Emmanuel Lamy avec les nouveaux cadres du Maroc se révèleront un atout pour le développement de la SACEM et de l’exploitation des mines de l’Imini avec l'appui de la BUP.
Peu d’Iminiens connaissent les anciens patrons de la SACEM . Ce sont eux pourtant qui décidaient ou non d’investir dans une mine plutôt que dans une autre. Leurs décisions conditionnaient la vie de plusieurs villages et l’essor de nombreuses entreprises. Il serait intéressant de regarder dans le livre d’Or de la mine de l’Imini à quelle dates figure le nom et la signature d’Henri Lafond.
Assif n'Imini complète par cet article des informations sur la banque d'affaires qui a soutenu le développement des mines de manganèse de l'Imini: la BUP. Une banque qui est en réalité le résultat de la fusion de deux banques grâce à l'intelligence d'un homme brillant né dans une famille très modeste.