HADJ ABDELLAH BAHTITI DIT KAFAYEUR : MATRICULE NUMÉRO WAHED

KAFAYEUR, UN CHEF RESPECTÉ
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Bahtiti Abdellah était le plus ancien embauché des mines de l’Imini. Il disait qu’il avait été recruté par  le géologue Georges Cantarel avec le matricule numéro 1. Comme la SACEM n’a été créée qu’en 1929, et qu’il a été embauché avant, c’est probablement la Société Mokta-El-Hadid qui l’a recruté à l’origine. Il a pris sa retraite en 1961 et il est mort en 1975 à Taroudant presque centenaire.

Il était originaire d’un village du Souss près de Taroudant où il naquit en 1882.

A l’initiative du directeur M. Moulinou la mine récompensait chaque année un ou deux parmi les meilleurs ouvriers musulmans en leur offrant le voyage à La Mecque. Hadj Abdallah Bahtiti fut le premier à faire le voyage. Ce qui à l’époque pouvait prendre plusieurs mois.

Dans les années de 1940 à 1950 et plus particulièrement à partir de 1946 les mines de l’Imini se développèrent et eurent besoin d’embaucher de nouveaux ouvriers. M. Moulinou décida de confier à Abdellah Bahtiti  une mission de recrutement. Un camion fut mis à sa disposition ; il pouvait aller où bon lui semblait dans le but de recruter des mineurs. Il a fait embaucher tous les hommes de son village natal en les transportant du fin fond du Souss, ainsi que les hommes de Tidili et des autres villages proches d’Imini. C’est de là que lui vient le surnom KAFAYEUR qui est une berbérisation du mot CONVOYEUR. Son rôle était de convoyer les ouvriers avec le camion jusqu’à la mine;  à l'époque elle était difficile d'accès.

Dès les débuts, comme la mine fermait tout le mois d’août, des camions et des cars ramenaient gratuitement fin juillet tous les mineurs qui le souhaitaient dans leurs villages d’origine et fin août les camions allaient les chercher pour les transporter jusqu’à la mine. Mais beaucoup voyageaient aussi à pied ou en auto stop. Les chauffeurs de camions de transports se faisaient leur argent de poche comme çà. On pouvait mettre trois jours pour aller de Taroudant à Boutazoult en passant par Marrakech.  Plus tard il fut possible pour les mineurs de dormir à la Maison des hôtes du Guéliz et de repartir avec le camion du ravitaillement.
A partir de 1960 beaucoup de ces avantages furent supprimés.

KAFAYEUR, LA MÉMOIRE DU DÉBUT DE LA MINE

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Kafayeur racontait qu’il avait percé les premiers puits des mines de l’Imini, notamment à Sainte-Barbe, car il avait débuté comme mineur. À l’époque on préférait commencer de creuser par la galerie et on faisait en sorte que le minerai tombe directement dans la berline. Cela économisait du temps de pelletage, mais le risque d’effondrement était plus grand car le boisage était effectué plus tard.
Mineur le jour il devenait gardien du matériel la nuit car sa tente était installée à proximité. Les géologues quant à eux logeaient chez le caïd de la région  et lui confiaient la garde.

Kafayeur était considéré  par la plupart  des ouvriers  comme leur bienfaiteur et ils avaient énormément de respect pour lui. Au début les ouvriers, tous célibataires, habitaient des gourbis car les logements furent construits bien plus tard. Kafayeur fut chargé d’organiser la vie du village.
C’est ainsi qu’il eut la responsabilité de prévoir les fêtes traditionnelles marocaines, l’ahwache et toutes sortes de manifestations.
Pas de boulangerie, Kafayeur avait embauché  trois femmes pour pétrir et faire cuire le pain pour tous  les ouvriers qui en demandaient. Cette mission lui fut confiée par Mr Moulinou et il ne rendait compte qu'à lui. Combien de fois le directeur est venu le voir à la maison pour lui parler ! Quand il ne pouvait pas venir lui même, il chargeait Mr Mocquet de le remplacer.

Kafayeur était aussi à lui seul ce qu’on appelle maintenant " le bureau  social ". Il avait sa place matins et soirs devant les douches du village. Si un ouvrier avait un souci  quelconque, il venait le voir et le lendemain il avait trouvé la solution. Kafayeur intervenait dans tout, y compris dans les conflits de voisinage.
Il trouvait toujours les mots qu'il faut pour chaque ouvrier de la mine.

Kafayeur fut distingué par une décoration en décembre 1955 en raison de son action particulièrement remarquée auprès des ouvriers de la mine. (voir le blog :27 février 2009)

Mohammed Bahtiti a souvent entendu son père raconter les débuts de la mine : « Il y a tellement de chose à dire sur Imini qu'il me faudra des jours pour l'écrire ». Nous voulons encourager Mohammed à écrire pour que les anciens d’Imini sachent ce qu’il a entendu de son père.

KAFAYEUR, CHEF DE FAMILLE
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Hadj Abdellah Bahtiti eu cinq enfants, deux fils et trois filles, tous natifs de la région de Taroudant.

Mohammed Bahtiti son plus jeune fils raconte : « Mon frère  avait 25 ans de plus que moi il travaillait déjà à la mine comme soudeur. Quand je suis arrivé mes trois soeurs étaient toutes mariées au village »
« C’est M. Moulinou qui à obligé mon père ( en 1948 ou 1949) à venir me ramener de mon bled pour m'inscrire par la suite à l'école; je suis le seul de ma famille à avoir été scolarisé. »

Mohammed Bahtiti, lui aussi surnommé Kafayeur, connaît bien le domaine associatif et peut faire profiter les Iminiens de son expérience : « Pendant 20 ans, j'ai occupé le poste de vice-président fédéral de la communauté marocaine en Europe et de président de l'association des marocains en Île de France. J’ai été le premier à avoir ouvert une classe d'arabe en cours différé dans le 18ème arrondissement après avoir négocié avec Jacques Chirac, alors maire de Paris. J’ai mené bien d’autres actions en faveur des Marocains en France. Quand on croit à une idée, peu importe les embûches, les peaux de bananes ou les critiques, l'essentiel c'est de mener son action à son terme.  Pendant des années j'ai mené une action pour avoir un ministère de l'immigration au Maroc et j'ai eu des adversaires d’envergure. Finalement j'ai eu raison et El Haddaoui à été nommé au premier ministère de l'immigration marocain. »

Kafayeur est convaincu que seul un cadre légal (association ou fondation) permettra aux Iminiens d’atteindre les objectifs qu’ils poursuivent. Il n'est pas le seul à penser ainsi.

Timkkit 2008 rend hommage a Kafayeur « numero wahed » ainsi quà sa famille qui maintient la mémoire des mineurs d’Imini.