LIVRE D'OR DES MINES DE L'IMINI - PREMIÈRES PAGES
BONNE ANNÉE 2013 AUX IMINIENS ET À LEURS AMIS
Merci à tous ceux qui ont participé ou participeront au soutien de l'association Michkat et de l'école d'Imini. Merci à ceux qui maintiennent les liens entre iminiens d'autrefois et/ou d'aujourd'hui et qui favorisent les retrouvailles et les rencontres. Merci aussi pour les témoignages, les souvenirs, les photos, les documents, les articles, les commentaires qui permettent de garder la mémoire de la mine, des mineurs et de leurs familles.
Avec notre coeur, essayons de faire en sorte que 2013 soit une bonne année pour tous les Iminiens.
Pour Jean-Yves l'année a commencé avec un coup de fil surprise de Lucette SANCHEZ qui est en Guyanne, il voudait reprendre contact, mais l'email noté n'est pas le bon. Merci à Lucette de lui téléphoner à nouveau ou de lui écrire par le lien "contactez l'auteur" tout en haut à gauche de la page.
LE LIVRE D'OR D'IMINI EST OUVERT LE 22 JUILLET 1932
Le puits n°1 de Sainte-Barbe est commencé en 1930 avec André Moulinou, jeune ingénieur des mines d'Alès qui fait un intérim. Georges Cantarel avait commencé les premiers travaux en 1929 peu après la création du BRPM (fin 1928) et de la SACEM à l'initiative d'Eirik Labonne, ambassadeur de France, secrétaire général du protectorat. Le manganèse avait été découvert à Sainte-Barbe (Ouggoug) le 4 décembre 1924 par G. Duny, le prospecteur de la Société Mokta El Hadid.
La première photo d'André Moulinou à Sainte-Barbe est de 1930. Jeune ingénieur de la société Mokta El Hadid, il commence sa carrière à Béni Saf en Algérie. Au dos de cette photo, il se qualifie modestement de "Chef mineur" compte tenu de l'activité très modeste de la mine. Il effectue un intérim de quelques semaines.
André Moulinou est un cavalier, il organise des tournées de prospection aux alentours et prends des contacts.
Jean Dubois est responsable de la SACEM, détaché de la société Mokta El Hadid, il vient occasionnellement à Imini; le siège de Mokta-Maroc est à Rabat, Avenue Maréchal Lyautey. J.Dubois a déja réalisé plusieurs repérages géologiques. On a de lui une communication savante publiée en 1931 concernant la présence de l'ordovicien dans l'Anti-Atlas (Djebels Tachilla-Ouarzemine). Il a étudié la série de shistes et quartzites alternants du Djebel Tachilla et a recueilli vers la base l'empreinte et la contre empreinte d'un trilobite, un Acidaspis Buchi typique de l'ordovicien. Il s'agit d'un fossile semblable à ceux du gisement des Monts Drabow en Bohème, de Murero en Espagne et des shistes du Massif armoricain (Finistere et Ile et Vilaine).
Georges Cantarel, géologue de la société, basé à Marrakech, est souvent à Imini et poursuit les installations préalables à l'exploitation. André Moulinou absent d'Imini en 1931, revient momentanément en 1932. il s'y trouve aussi à la fin de 1933, pour une installation définitive en 1934.
Jean Dubois ouvre le Livre d'or des mines de l'Imini. Le 22 juillet 1932, il confie la première page à un visiteur, apprenti poète, qui aime les sonnets en alexandrins et lui dédie les premiers vers du livre. Ci contre la première page maintes fois tournée, réparée avec du papier adhésif.
À Jean Dubois,
Sur la fenêtre ouverte aux plissements alpins,
Les shistes cambriens en abruptes falaises,
Ont redressé les bancs du crétacé - Tu vins,
Géologue et poète - Et c'est le manganèse.
Qui souligne aujourd'hui de ses bleus si profonds,
Les roses, les violets et les verts véronèses
Qui, délicats pastels, font un si tendre fond,
Aux déserts, premiers plans, de shistes et de glaises
Tu remontes du fond, soucieux de rendement,
Et causant de teneurs, oubliant Majorelle
Et ses tableaux si vrais, dont tu parlais souvent
Mais voici que les monts en éblouissement,
Ont surgi devant toi. Et tes yeux clignotants
Contemplent reposés, leurs couleurs éternelles.
Le visiteur et auteur a signé semble-t-il : Bédon
André Moulinou est présent à Imini en septembre et octobre 1932
Nous le voyons sur une photo ( en deuxième position) explorant le terrain pour estimer l'importance du gisement de manganèse.
La deuxième page du livre d'or est d'octobre 1932, elle est intitulée "Exercice sur le terrain du 3 au 5 octobre 1932 - Feuille d'émargement"
Il s'agit de jeunes ingénieurs et géologues (Paul Baseilhac, Jacques Bondon et Jean Pons) qui s'amusent à parodier l'administration très hiérarchisée de mines importantes où la feuille d'émargement est signée par délégation successives. - Paul Baseilhac: Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1928, sorti classé 6ème sur 243 élèves) et de l'Ecole des mines de Paris (entré en 1931 et sorti en 1933 classé 3 sur 7 élèves du corps). A l'Ecole des mines, il est nommé élève-ingénieur en octobre 1930; il est élève de 1ère classe depuis le 18 juillet 1932. Plus tard, de 1953 à 63, il fut à la tête des Charbonnages de France. - Jacques Bondon commença une carrière de géoloque au Maroc. Il travaille avec Louis Clariond et Louis Neltner. Il publie des études géologiques sur le Sahara, région de Tindouf (1932) et les plateaux du Draa (1933). Ce n'est donc plus un étudiant. - Jean Pons fera aussi partie des services géologiques du Maroc. Il écrira notamment les chroniques de la prévention des maladies professionnelles.
Sur le site de Boutazoult, debout de gauche à droite André Moulinou, Bondon, Baseilhac et Pons.
Autre photo du cavalier André Moulinou
A la suite, sur la page suivante du livre d'or nous avons des vers datés du 15 octobre 1932. Jean Dubois est présent, mais André Moulinou est reparti pour d'autres missions, probablement dans le Sous.
Il fut un temps où sous la mer profonde,
Manganèse inconstant, tu établis ton gite
Il approche le temps où tout autour du monde
Navigant, voyageur, tu n'auras plus de gite
Imini, ton nom clair fera le tour du monde.
D'où vient ce pélerin à la barbe fleurie
Un marteau à la main, mesurant l'horizon
Né sur les bords du Rhône, il est en Berbérie
Y découcvrant enfin le prestigieux filon.
Héros de l'Imini, chercheurs infatigables
Enfouis dans les bancs de manganèse noir
N'épargnez pas l'effort dont vous êtes capables
Rien ne saurait détruire l'élan de votre espoir
Y eut il à Paris des gens...épouvantables.
Depuis longtemps déjà, chaque jour il estime
Un tonnage incertain et jamais suffisant.
Bien que chaque graphique (ces mots n'ont pas la rime)
Où les filons sont reportés fidèlement,
Indique une moyenne digne de grande estime,
Sincère. A-t-on jamais un total complaisant ?
Celui-ci ne craint pas d'être plus optimiste
Au risque pour certains de paraître audacieux
Négligeant les calculs serrés du pessimiste
Très certain, quant à lui que ses filons précieux
Auront un avenir, tôt ou tard triomphal.
Rien ne peut ébranler sa confiance admirable
Et rien n'émeut sa foi au succès colossal
L'avenir nous dira s'il fut déraisonnable.
Dieu! Quand les verrons-nous les trois millions de tonnes
Utiles, qu'il nous faut pour payer nos soucis!
Bienheureux les hardis et crédules Labonne(s)
Y comptant sans les voir puisqu'ils les ont promis.
Ces vers peu merveilleux sont le fruit de la crise
Répit forcé, souvent dur à subir, ici
Ignorant de tous bruits, sauf celui de la brise,
Seuls, face aux hautes cîmes sous ce fier abri
Est-on à condamner pour semblable méprise ?
J Dubois et G.Cantarel
signature de Jean Dubois à gauche et de Georges Cantarel à droite
A droite Eirik Labonne qui fut à l'origine du BRPM alors qu'il était Secrétaire général du Protectorat. Il reviendra au Maroc plus tard comme Résident général. L'auteur le qualifie de hardi et crédule.
Au printemps 1933 plusieurs 'autorités géologiques' et le principal actionnaire de Mokta El Hadid visitent le site et laissent une trace sur le livre d'or.
Visite le 20 mars 1933 de Pierre DESPUJOLS
Page intitulée "L'invention du gisement" avec en sous titre "Le prospecteur et le Service des Mines"
Le prospecteur:
Des montagnes d'Atlas aux (...)
L'oued paresseusement coule (...)
En des siècles sans nombre et sans (...)
Il a creusé le sol d'une ride profonde.
Après avoir charrié, marnes, calcaires, argiles
Et comme de limons les campagnes
Fatigué de rouler sur des terrains srériles
Il a mis au grand jour le filon de métal.
Service des mines:
J'ai fini mon enquête,
Prospecteur halte là !
Tu n'es pas de la fête
L'inventeur, le voilà;
Il faut savoir que Pierre Despujols ( X Mines, 1907) est le grand patron du Service des mines et de la carte géologique pour tout le Maroc, créé en 1921 sur les conseils de Lantennois par Lyautey. Il est Ingénieur en chef des Mines et dirige une équipe coordonnée de plusieurs géologues et ingénieurs des mines qui établissent les cartes et les coupes géologiques du pays et identifient les différents gisements. Il vient de publier un ouvrage de référence: Historique des recherches géologiques au Maroc des origines à 1930.
Visite du 15 avril 1933 par Léon MORET, géologue qui connaît bien le site d'Imini (voir sur le blog article sur L.Moret)
Page intitulée "Sur une coupe géologique, ou l'énigme de l'Imini" (à la manière d'Arvers)
Il s'agit du premier croquis du livre d'or, une coupe nord-sud avec plusieurs points d'interrogation. Léon Moret est cultivé, il connait par coeur le célèbre sonnet de Félix Arvers et s'en sert de modèle. Le croquis est une pure invention, on remarquera sous les pointillés comme un visage de profil avec le nez pointé vers le ciel; c'est le visage du filon de manganese en train de rêver. La question de l'ère géologique, crétacé ou jurassique est posée, celle du dépot sédimentaire ou de la substitution n'est pas résolue.
La coupe a son secret, l'Imini son mystère !
Un gisement magnifique au cours des temps conçu;
Est-ce une substitution, est-il sédimentaire ?
Mineurs et géologues n'en ont jamais rien su.
Cet accablant problème est même assez comique
Toujours à ses côtés, l'un et l'autre déçus
Interrogeant: Est-il dans l'crétacé ou bien dans l'jurassique
Malgré tous les fossiles, on ne l'a jamais bien su.
Et lui, que Dieu a fait, étendu et tendre
Poursuit un rêve métallique sans entendre
Ce murmure savant élevé sur son cas.
Puis au couple perplexe, près d'en venir au duel
Il livre cependant débonnaire mais cruel
Ses flancs gonflés d' Mn qui ne tariront pas !
Signé Léon Moret
Léon Moret dont nous avons un spécimen de son écriture et sa signature sur le livre d'or a réalisé la carte géologiques de l'Atlas de Marrakech au 1/200.000, celle où Imini se trouve. Elle vient d'être publiée par Le Service géographique de l'Armée, 1932.
Visite du 7 mai 1933, de Léon de NERVO et de Léon MIGAUX, qui écrit: "Triomphe de l'Imini"
Léon de Nervo, descendant et héritier du grand Paulin Talabot, fondateur et PDG de la compagnie Mokta el Hadid, embaucha lui-même l'ingénieur André Moulinou qui commença aux mines de Béni Saf en Algérie. André Moulinou fut ensuite volontaire pour partir au Maroc où Mokta avait besoin d'un ingénieur des mines.
Imini (e) Qui te nie -
Calomnie - Est défait
Dans la mine, Il chemine,
Examine, Et se tait
Son malaise, Croît et pèse,
Manganèse A ton aspect
L'oeil atonne, Il s'étonne,
Tonne après tonne,Indéfini
Le harcèle, Il chancelle,
Et son zèle, Est fini.
Et déboire, il doit boire,
À ta victoire, Imini.
Léon MIGAUX
Léon Migaux est une autre sommité de la prospérité des mines marocaines. X-Mines, Major de l'École Polytechnique, il fut chargé de créer le BRPM, organisme de l'Etat marocain qui entrait par des participations dans le capital de sociétés importantes (et surtout stratégiques) pour favoriser un développement économique coordonné du pays. Il accompagne Léon de Nervo jusqu'à Imini. Il permettra la découverte du pétrole au Maroc et dirigera la Société chérifienne des pétroles.
En ce 8 mai 1933, d'autres vers dont l'auteur n'est pas identifié sont dédiés à Jean Dubois.
André Moulinou, lors de ce mois de mai part d'Imini avec plusieurs cavaliers pour élargir la prospection.
André Moulinou prêt au départ.
Visite du 5 juin 1933 par G. DUNY En souvenir de la lointaine Sainte-Barbe 1924
A l'Imini
Mineur prends ton marteau
et frappe sur le roc!
Pardon! prends ton stylo,
je consens à ce troc
Qui donc ordonne ainsi ?
_ C'est la muse Imini
Alors j'obéirai,
Non me déroberai?
Mais il me manque... mes vingt ans
Je risque d'être à court vraiment
Princesse idéale, in certaine
Parce que princesse lointaine,
Après toi j'ai dû soupirer
Mais j'ai voulu te rencontrer
Évoquant presque Antinea
Dans ce bled quasi-sahara!
Peu importe, amie princesse,
Nous te tenons, sois une altesse!
Digne de nous, digne de toi,
Digne toujours de notre foi!
Ne trahis point! Et ta puissance,
Révélée par ta naissance,
Satisfera tous nos désirs.
Confions-nous à l'avenir
Veni, vidi, vici: Manganèse !
Que ta certaine genèse
Fasse battre beaucoup de gens!
Nous en rirons, soyons contents,
Mais sois généreuse, Imini!
Veni, vidi, vici, Fini!
Signé G. Duny
A l'automne 1933, André Moulinou se trouve ailleurs, dans le Sous à Ouarzemine, une région déja connue de Jean Dubois. Le jeune ingénieur y étudie la possibilité pour Mokta El Hadid de développer une autre activité minière. La société d'Etudes minières de Ouarzemine est créée en 1933.
Ci-contre André Moulinou devant les baraquements de Ouarzemine.
Le 13 novembre 1933 visite de Pierre Guillaumat, fils du Général A. Guillaumat. Il était sorti de polytechnique en 1931 et avait intégré le Corps des mines. Il effectue une mission d'étude au Maroc avant de prendre le poste de Chef de service des mines en Indochine (1934-39). Plus tard il dirigera de grands groupes publics et en 1958 sera nommé Ministre des armées par le général De Gaulle. Il est le premier à faire allusion sur le livre d'or à la bonne chère réservée aux visiteurs d'Imini.
Lorsque le visiteur, lassé d"un long voyage, Par le puits parfumé, regagne la surface; Le manganèse à flots asperge son visage Et le psilomélane a camouflé sa face.
Mais, si du militaire l'absurde précaution Refusa la sécurité à l'Imini, Ce n'est pas qu'on y craigne le coup de fusil Mais que j'y ai pensé peur d'indigestion.
Léon Migaux, venu à Imini au mois de mai, revient avec Alfred Beaugé, aussi du BRPM.
Léon Migaux a une solution 'rêvée' pour faire parvenir le minerai de manganèse dans un port: frêter des péniches qui depuis l'asif Tidili descendront l'oued Draa.
Alfred Beaugé est le premier Administrateur-délégué du BRPM. Il est accueilli par André Moulinou et son épouse, arrive au début de la nuit le 15, visite les sites le 16 et le 17, et repart le 18 au matin. Il écrit un sixain chaque matin et chaque soir.
Dés le premier matin, il trouve sur la fenêtre de sa chambre non pas un bouquet de fleurs, mais un morceau de psilomelane (manganèse). Il en est ravi.
Il se présente comme un rhabdomancien, un sourcier radiesthésiste qui est capable de localiser l'eau souterraine. Il utilise un pendule.
À des hôtes charmants qu'on remercie
D'avoir au prix de cent mines suivis
Durant tout un long jour sans faire trève
Autour d'un inconnu gîte de rêve
Le novice essai d'un quidam ravi
De pouvoir placer sa rhabdomancie...
André Moulinou est désormais installé avec sa jeune épouse à Imini en cette fin d'année 1933. Les autres acteurs de la société Mokta El Hadid, comme Jean Dubois et Georges Cantarel ne viendront qu'occasionellement. Pour les différents services de l' Administration du protectorat l'interlocuteur officiel sera encore Jean Dubois, mais la responsabilité des mines de l'Imini sur le terrrain est définitivement confiée à André Moulinou. Avec toutes ces hautes autorités venues se pencher sur son berceau comme des fées bienveillantes, l'exploitation des mines de l'Imini commençait sous les meilleurs hospices.
( à bientôt la suite du livre d'or )
Merci à la famille Moulinou pour les photos de sa collection et pour le soin pris à conserver les pages du Livre d'Or des mines de l'Imini.

















