TRAITEMENT DU MINERAI 3e partie ( acheminement du minerai)
Jean-Marie Décailloz est certainement celui qui a la meilleure connaissance de l'évolution des techniques qu'a connu la mine de manganèse de l'Imini. Il nous a déjà magistralement présenté les différentes manières d'abattre le minerai à Imini. Il nous explique ensuite comment le minerai a été extrait des galeries et des carrières à différentes périodes de l'histoire de la mine afin d'être transporté vers les premières étapes du traitement. Nul mieux que lui, qui a travaillé pour la SACEM à Imini pendant 40 ans, était capable de nous l'expliquer dans la durée.
ACHEMINEMENT DU MINERAI
Acheminement du minerai d'abord vers les carreaux, puis vers les laveries et acheminement du stérile vers une verse à stérile
A l’ouverture d’un chantier d’abattage en galerie ou en carrière, la première opération était l’installation de voies ferrées, de 60cm d’écartement des rails, se dirigeant vers la sortie de la mine puis vers le carreau et la laverie.
Les voies étaient constituées de 2 rails, en général de 9 kg (9 kg au mètre).
Seul le grand traînage du 40 Est était équipé de voies plus robustes, en rails de 15 kg.
Au début, avant l’installation de la première laverie 1, démarrée en 1952, le minerai, comme le stérile, était chargé dans des wagonnets de type DECAUVILLE, pouvant basculer sur le côté.
Photo Coll. Mamie Paulette - Table de triage avec wagonnets Decauville
Le stérile était évacué vers la verse à stérile et le minerai dirigé jusqu’au carreau de Bou-Tazoult pour être trié et déversé dans la trémie d’alimentation des goulottes de chargement (des "Mack").
Photo Coll. Teyssier -Acheminement du minerai sur le carreau.
Berlines / culbuteur de première génération. Photo Coll. Mamie Paulette
Des berlines fixes, de marque SARTIAUX ou MASSARD, identiques à celles utilisées dans les charbonnages du Nord de la France, ont équipé les traînages.
Ces berlines, n’étant pas basculantes pour les vider, nécessitaient un culbuteur permettant de les retourner.
Une berline a une capacité de 1 000 litres.
Berline sur culbuteur. Photo Coll. Teyssier
Vers les années 1960, le parc en comptait 500 environ.
Culbuteur seconde génération. Photo Coll Teyssier
La plupart des SARTIAUX, dont beaucoup avaient été rachetées à l’OCP (Office Chérifien des Phosphates) lorsqu’ils abandonnèrent leur utilisation pour les remplacer par des transporteurs à bande.
L’entretien, du parc de berlines, représentait un travail important effectué par un département de l’atelier : - réparation des caisses qui subissaient d’énormes chocs donc des déformations
- réparation des trains de roues
Les plus anciennes berlines avaient des trains de roues montés sur galets, lourds et fonctionnant mal, qui furent remplacés, au fur et à mesure, par des trains de roues sur roulements à galets coniques TIMKEN, plus légers et roulant plus facilement.
Les berlines étaient reliées entre elles par leur attelage, chaîne courte fixée à chaque berline permettant de les accrocher les unes aux autres.
Les rames, ainsi constituées, jusqu’à 30 berlines sur les traînages les plus puissants, étaient fixées au "câble de traînage" par une "chaîne de traînage", d’environ 3 mètres de longueur avec un crochet à une extrémité pour agripper la première berline de la rame.
A l’autre extrémité de la chaîne de traînage, une main en acier, maintenue par une clavette, enserrait le câble.
Maniée par un ouvrier, appelé "matraqueur", cette clavette était encastrée de force par coups de matraque, en fer rond de 30 mm de diamètre et 30 cm de longueur environ.
Attelage de berlines dirigées vers la laverie. Dans les zones en pente, la rame de berlines était maintenue à l’arrêt, avant d’être accrochée au traînage, par une embarre, (tige de fer rond de 30 mm de diamètre), munie d’une garde, (rondelle soudée à 10 cm d’une extrémité), enfilée dans un orifice d’une roue, immobilisant celle-ci.
Au début de l’exploitation, les berlines étaient tirées par des mulets.
L’écurie se trouvait à Bou-Tazoult, entre la route de Boulgir et le bâtiment de la menuiserie, dans une zone en contrebas, remblayée par la suite pour l’aménagement du nouveau parc à bois qui, par le déplacement de l’exploitation vers Tighermit, deviendra le parc à ferraille.
L’exploitation, en développement, des traînages à câbles furent installés.
Le premier, en 1950-1951, fut le traînage HECKEL société allemande qui installait pour l’ONA (Omnium Nord Africain) le téléphérique du Zat (voir paragraphe du transport de minerai).
Le traînage HECKEL sortait de la mine par la galerie du 40 Est, parce que ouverte en 1940, date inscrite au-dessus de l’entrée de cette galerie qu’on peut voir sur certaines photos où le R.P. Norbert dit la messe de Ste Barbe ou celles de la visite du Général Guillaume.
Photo coll. Teyssier: Traînage Heckel en cours d’installation
Le treuil se trouvait dans un petit bâtiment situé près des trémies d’alimentation de la laverie de Bou-Tazoult.
A la sortie de la galerie du 40 Est, une bifurcation avec aiguillage dirigeait les berlines :
- à gauche vers le carreau
- à droite vers la laverie en traversant la route sur le pont,
(construit par la société LION & GENTLEY de Marrakech ainsi que tous les murs du carreau jusqu’à la laverie).
La station de retour, qui était aussi le départ des berlines pleines, se trouvait au croisement des galeries du 40 Est et du 40 Ouest, à l’intérieur de la mine et à quelques centaines de mètres de l’entrée de la galerie principale qui débouchait sur le carreau.
Tous les traînages étaient à double voie :
- "la voie des pleins" sortant les berlines chargées "du fond"
- "la voie des vides" retournant les berlines vides "au fond"
Photo Coll. Mamie Paulette.
Entrée du 40-EST
Arthur et deux prisonniers allemands
Par cette entrée, sortaient aussi les berlines vers le carreau puis par la suite, vers la laverie en 1952
Photo Coll. Teyssier - Aménagement du 40 Est et du 40 Ouest.
Photo coll. Decailloz Vue générale du carreau et services du jour à Bou Tazoult.
En premier plan à droite,sortie du 40EST avec voie allant à gauche vers le carreau et l'autre voie à droite allant vers la laverie en passant au-dessus du pont (en angle) et longeant le long du mur
En second plan à droite, l'atelier du jour et ses services extérieurs; en face de l'atelier, le garage et la menuiserie, puis la route allant vers la Galerie 6, Boulgir et Tidili
Ensuite le magasin et son parc de matériels, puis la centrale électrique avec au-dessus le bassin de refroidissement
À gauche de la centrale électrique, la laverie N°1, inaugurée en 1952, avec le petit bâtiment (à droite des rails) où se trouve le treuil du traînage principal, le traînage HECKEL
D’autres traînages furent installés, les principaux :
- Le traînage du 40 Est, allant vers Tighermit, un des plus longs (environ 1,500 km) le seul équipé d’un câble de 30 mm
Tous les autres étaient équipés d’un câble de 20 mm.
- Le traînage de Tighermit, allant de Tighermit jusqu’à Assaoud, environ 1 km
Les câbles de traînage, en acier à haute résistance, étaient formés de 6 torons, composés chacun de 19 fils d’acier, enroulés autour d’une âme centrale en chanvre.
Sur les traînages, il était nécessaire de raccorder les extrémités des câbles, pour avoir une boucle continue.
Les jonctions se faisaient par des épissures sur une trentaine de mètres.
Ancien marin, Mr Joseph Pérez, du Service Extérieur dirigé par Mr Georges Sabatié, était le spécialiste des épissures enseignées dans la marine.
Il forma son apprenti d’alors, Si Hadj Hebaz Ali qui en réalisa un grand nombre, au fil du temps, avec la multiplication des traînages.
La première épissure, celle du traînage HECKEL, avait été faite par les frères Touret du téléphérique du Zat, spécialistes des téléphériques.
Photo Coll. Mamie Paulette - Kafayeur et Ali (à gauche) apprenti
Pour les grands traînages, les treuils, de marque française FOURNIER & MOUILLON, d’une puissance de 35 ou 60 CV (chevaux) suivant la longueur du traînage, étaient installés dans "une salle de treuil".
Attenant à la salle de treuil, un contrepoids de plusieurs tonnes était, lui, situé dans un puits, pour la tension du câble.
Il y avait aussi des traînages secondaires, perpendiculaires au traînage principal, longs de quelques centaines de mètres, allant vers les chantiers d’abattage.
Ils étaient équipés de treuils moins puissants de marque CROZET-FOURNEYRON, rachetés à l’OCP (Office Chérifien des Phosphates).
Le même genre d’installation fut réalisé à Timkit :
- une "descenderie" en pente, ouverte en 1952, un traînage principal et des traînages secondaires dont un se dirigeait vers le "puits A" de Ste Barbe-Ouggoug, en face des bureaux.
Photo Coll Teyssier La Descenderie" à Timkit en 1952 -

Photo Coll Teyssier - Une galerie à Timkit en 1952.
Photo Coll. Decailloz - Descenderie" à Timkit en 1991.
Photo Decailloz - Une galerie à Timkit en 1991
Tous ces treuils étaient équipés, à l’origine, de poulies "POTET" : poulie à gorge semi-circulaire dans laquelle le câble faisait un tour et demi.
Ces poulies avaient entre 0,80 m et 1,20 m de diamètre, environ, suivant la puissance du treuil.
Lorsque la charge était trop importante, le câble glissait sur la poulie et les berlines s’immobilisaient.
Le treuil HECKEL, lui, était équipé d’une poulie KARLICK à pinces.
24 pinces ou plus, suivant la puissance du treuil, étaient réparties sur la circonférence de la poulie et serraient le câble de plus en plus fort, en fonction de la charge.
Le bureau technique dessina les plans de poulies identiques aux KARLICK, mais adaptables à tous lestreuils de la mine, pour remplacer toutes les poulies "POTET".
Ces poulies en acier coulé, furent réalisées par les FONDERIES & ACIERIES DU MAROC à Casablanca.
Photo Decailloz - Treuil et poulie à Timkit en 1991 - poulie adaptable à tous les treuils de la mine de l'Imini.
Lors du déplacement de l’exploitation vers Tighermit et Assaoud, la distance était devenue trop grande pour sortir de la mine au 40 Est et le temps d’acheminement du minerai trop long pour l’aller et retour des berlines : les mineurs manquaient, en fin de poste, de berlines vides.
A Bou-Tazoult et Timkit, la profondeur des couches de minerai était relativement faible.
La configuration du relief permettait de creuser à flanc de colline des galeries de niveau, comme la galerie du 40 Est à Bou-Tazoult, ou en pente raisonnable, comme la "descenderie" de Timkit, pour rejoindre les zones d’extraction.
A Tighermit, la couche exploitable était plus profonde et la configuration du terrain ne permettait pas l’installation de traînage en "descenderie".
Ainsi, au centre d’exploitation de Tighermit, une tour d’extraction fut installée avec la laverie 3.
Merci à Jean-Marie Décailloz d'avoir composé cet article qui permet à tous les Iminiens de mieux comprendre le fonctionnement de leur mine de manganèse. Nous aurons bientôt la suite de son texte sur les tours d'extraction. Merci aussi à celles et ceux qui ont contribué à son article en l'illustrant de 17 prises de vues extraites de leurs collections de photographies. Les droits des textes de J.-M. Décailloz sont réservés, INPI n°456058.
Le blog a reçu une photographie des deux -Ka: Malika et Danka lors d'une de leurs rencontres.
Nous espérons avoir de bonnes nouvelles de l'association Michkat et de ses nouveaux projets.











