TRAITEMENT DU MINERAI (cinquieme partie)
BRAVO À WILLY, THIERRY ET LEUR ÉQUIPE POUR LEUR BEAU MARATHON
BIENVENUE DIMANCHE À IMINI - ÉCOLE DE TIMKKIT

Jean-Marie DÉCAILLOZ nous a présenté les premières étapes du Traitement du minerai selon plusieurs techniques utilisées pour l'extraire de son gisement. Cependant le minerai de manganèse extrait étant souvent mélangé à d'autres roches, il fallait l'en séparer pour obtenir un produit plus pur avant de l'expédier. Plusieurs méthodes de séparation furent pratiquées ou seulement testées puis abandonnées. Jean-Marie Décailloz connaissait bien les machines utilisées pour chaque méthode tant par sa formation que par tradition familiale. Il est d'évidence l'un des mieux placés pour nous les décrire. Les droits sur ces textes et photos sont réservés.
TRAITEMENT DU MINERAI
À Imini, la profondeur de la mine est à environ 150mètres au maximum. À la mine, le minerai se présentait par couches atteignant, en certains endroits, dans le quartier 40 Est en particulier, plusieurs mètres d'épaisseur difficiles à exploiter. Le minerai, d’une grande pureté, sans trace de stérile, était commercialisé directement sans traitement.
D’autres couches, moins épaisses et moins pures, se trouvaient mélangées à du stérile et nécessitaient un traitement pour enrichissement de façon à atteindre les teneurs demandées par la clientèle.
Les premiers essais de traitement ont commencé vers les années 1936/1937.
Tout d’abord, des essais de lavage à l’eau : un bassin en maçonnerie était rempli d’eau et le minerai, étalé sur un tamis oscillant et agité manuellement, était lavé et débarrassé des stériles : argiles ou terres diverses solubles dans l’eau.
Dans un article de La Vigie marocaine écrit par Raymond Lauriac en 1938, se trouve une photo signée Ratel, de cette première station de lavage.(voir le blog du 9 avril 2008)
D’autres installations identiques, avec un bac métallique transportable : 2 à 3 m de long sur 1 m de large et 0,50 m de hauteur environ, appelé "bac sarde ", étaient utilisées sur les chantiers.
Ce type de traitement fut rapidement abandonné; en raison du manque d’eau dans la région, l’installation d’une laverie hydraulique était exclue.
Des essais de "lavage pneumatique" furent effectués dans le bâtiment, situé à Ste Barbe-Ouggoug, en face des bureaux, appelé "usine pilote" où était installée une table de lavage de marque Berry.
Cette table de lavage était constituée d’une surface inclinée, en tôle perforée, agitée d’un mouvement oscillant à l’aide d’excentriques réglables, sous laquelle un ventilateur (bien visible sur la photo) envoyait un puissant jet d’air qui maintenait en suspension le lit de minerai amené régulièrement par un distributeur à bande.
N°2- l’usine pilote - Photo Coll. Décailloz
Avec les secousses entraînées par le mécanisme, le minerai se classait par densité :
- le bioxyde plus lourd, d’un côté et le stérile plus léger, d’un autre.
L’ensemble était récupéré du plus léger au plus lourd dans une goulotte compartimentée.
N°3 Gros plan sur l’usine pilote - Photo Coll. Teyssier - La date de transfert de cette usine pilote sur le carreau de Boutazoult depuis Sainte-Barbe reste à préciser.
Après une série d’essais, cette table Berry a été abandonnée et l’usine pilote désaffectée.
En 1951, elle ne fonctionnait plus.
La Laverie de 1952
En 1952, une laverie complète fut installée sur le carreau de Bou-Tazoult.
La première laverie, coll. Mamie Paulette
Inauguration de la laverie de Boutazoult avec les Officiels - Photo Coll. Mamie Paulette
La laverie comprenait :
- une table de scheidage : mot venant de l’allemand scheiden = séparer, par extension, triage à la main du minerai.
Élimination manuelle des plus gros morceaux de stérile sur table de sheidlage.
Cette opération était effectuée par des femmes Marocaines.
Deux photos transmises par Martine Moulinou parue sur le blog en date du 31 mai 2009 en font aussi l'illustration..
Un concassage et un broyage réduisaient les gros blocs de minerai, puis une batterie de cribles vibrants, de marque VIBROGIR dits "scalpings", exécutaient une première séparation pour éliminer les produits les plus fins.
Une deuxième série de cribles, de marque VIBROGIR dits "granulométriques", séparaient le minerai de différentes grosseurs :
-1 à 2 mm – 2 à 4 mm – 4 à 8 mm – 8 à 15 mm - pour traitement sur les tables de lavage.
Le criblage était difficile en raison de l’humidité naturelle du minerai qui colmatait les toiles de cribles.
Ces toiles étaient en acier inoxydable et un dispositif électrique de chauffage de la toile fut installé, ce qui améliora sensiblement le fonctionnement.
Les tables de lavage, de marque BIRTLEY (société belge), fonctionnaient de la même façon que la table BERRY de l’usine pilote.
Au nombre de 4, chacune traitait une des quatre tranches de granulométrie, sélectionnées par les cribles.
La tranche de 0 à 2 mm, impossible à traiter sur une table de lavage de ce type, était envoyée directement vers les trémies de chargement pour expédition.
Le minerai de granulométrie supérieure à 15 mm était recyclé et repassait par le broyage.
Plus tard, les méthodes de traitement évoluèrent considérablement.
La première laverie a été conçue par le bureau d’études BODART de Paris.
La charpente réalisée par la société BARBIE à Casablanca.
Dirigé par Mr Déal, chef monteur de la société BODART, le montage de l’ensemble a été effectué par le personnel ouvrier de la SACEM assisté de Jean Décailloz, alors chef de garage et de Hubert Décailloz, mécanicien.
A la mise en service de cette laverie, Jean Décailloz couvrit les fonctions de chef de laverie jusqu’à sa retraite en 1963 et Hubert Décailloz, celles de chef de poste de cette même laverie jusqu’en 1961.
Laverie 2 à Timkkit - Photo coll. Decailloz
Entre 1958 et 1959, le centre d’exploitation de Timkit a été ouvert et une laverie, appelée "laverie 2", identique à celle de Bou-Tazoult, a été installée et inaugurée en 1960.
Inauguration du siège et de la laverie de Timkkit
Vers 1962, l’exploitation du manganèse migre du centre de Bou-Tazoult vers Tighermit.
Montage de la laverie 3 - Tighermit (trémies) Photo Décailloz
Montage Laverie 3 - Tighermit - Photo Décailloz
Une tour d’extraction est alors construite et le transfert du matériel, de la laverie de Bou-Tazoult vers le nouveau centre de Tighermit, est entrepris.
Une nouvelle charpente neuve est installée et le matériel : concasseur, broyeur, cribles, tables BIRTLEY et transporteurs, réinstallés dans le nouveau bâtiment.
Cette laverie est appelée "laverie 3".
Jean Décailloz dirigeant le montage de la laverie de Tighermit - Photo Décailloz
A Bou-Tazoult, la charpente de la "laverie 1" est démontée et réutilisée, soit par éléments fermes et poteaux ou sous forme de profilés –UPN- cornières etc.
Entre 1970 et 1975, avec l’arrêt de commercialisation du minerai destiné à l’industrie métallurgique, une seule laverie de ce type est nécessaire pour ce procédé de traitement de minerai.
Montage de la laverie 3 - Tighermit - Photo Décailloz
La "laverie 2" de Timkit est maintenue en service et la laverie de Tighermit, désaffectée.
Le site de Tighermit en fin d'exploitation minière - Photo Décailloz
Le matériel est alors démonté et le bâtiment sera occupé par la suite pour une autre utilisation.
Nous sommes reconnaissants à Jean-Marie Décailloz d'avoir expliqué aux Iminiens les différents procédés utilisés dans les laveries des différents sites. Dans une prochaine partie il nous présentera leur suite logique : le conditionnement et la livraison du minerai. Merci aussi pour les illustrations photographiques que nous devons aux collections Decailloz, Mamie Paulette et Teyssier. Les droits des textes de J.-M. Décailloz sont réservés, INPI n°456058, de même que les photos.

