REGRETS... mais pas éternels !
Regrets, mais pas éternels (un nouveau récit de Jean-Yves Tramoy, alias Boutazoult
Ouarzazate, hôtel Amlal ce vendredi 23 novembre, il est 7 heures, le jour point à peine. D'abord il est tôt, et le soleil n'est pas encore levé, mais en écartant les rideaux une grande désillusion : la pluie, la pluie, et encore la pluie glisse le long des carreaux, lessive le macadam, les voitures et les poussières accumulées les jours précédents ensoleillés. Aujourd'hui risque d'être un mauvais jour. Déjà le carrelage de la chambre est glacé, et pour être chaude au robinet l'eau doit couler un bon moment. Une douche froide ? Brrrr ! Inimaginable !
Sur le petit balcon, je teste la température, et, horreur, il fait à peine 5 ou 6 degrés, pas plus.

Après une douche qui s'avère réconfortante le moral remonte, tandis que nous gagnons la salle du restaurant, où les tables dressées nous accueillent dans un décor agrémenté de tableaux représentant des scènes folkloriques et des paysages marocains très colorés.
Photo 1 le petit déjeuner francomarocain.
Une fois dévoré crêpe mille trous, msemem (crêpe feuilletée), pain frais, beurre, confiture de fraise, miel accompagnés d'un café noir très fort … c'est encore mieux. Et nous rêvons que la pluie s'arrête, que le ciel se dégage, tout en sachant que le problème n'est pas ici ; il est dans l'Atlas où la pluie, voire la neige gonflent rapidement les oueds.
Nous quittons Ouarzazate sous une pluie battante, en allant d'abord à la chapelle modeste baptisée « église » sur le panneau directionnel au pied de la mosquée.
Photo 2 l'église de Ouarzazate autrefois.
Auparavant l'église ressortait dans un grand espace vide, maintenant elle est encerclée par des bâtiments de toutes sortes, qui la dominent.
Cette chapelle est un vestige de la communauté catholique de Ouarzazate des temps anciens, mais demeure la petite paroisse maintenue par les Soeurs franciscaines résidant encore ici et accueillant les quelques ouailles de passage pour un office dominical. Quoique parfois la personnalité des ouailles surprend, comme le rapporte l'anecdote ci-dessous.
En avril 2014 par Mick Ramayet, de passage à Ouarzazate : « dimanche passé, c'était le dimanche des Rameaux, juste avant la semaine Sainte dans laquelle nous sommes ... Nous n'étions pas nombreux à Sainte Thérèse, une trentaine, mais de grande qualité, bien sûr : les soeurs au nombre de trois, le père très âgé qui a fait l'aller et le retour depuis Marrakech en bus pour célébrer la messe de la Passion, les fidèles de Ouarzazate et des environs, quelques Marathoniens des Sables et à ma grande surprise,...

la famille Royale de Belgique, SAR le Roi Philippe de Belgique, SAR la Reine Mathilde de Belgique et les quatre princes et princesses étaient parmi nous ... »
Photo 3 le portail de l'église aujourd'hui.
Aujourd'hui l'église est ceinturée par un mur équipé d'une lourde porte métallique fermée, que les soeurs franciscaines n'ouvrent qu'à l'heure des cérémonies religieuses. La minuscule cloche reste silencieuse, immobile dans son clocher blanchi, et on repart aussitôt … en faisant des prières pour que la pluie cesse, que l'oued Imini ne déborde pas au gué de Sainte Barbe-Ouggoug. Une fois suffit : pour un échec en novembre 2006 où Maman n'a pas eu la possibilité de rejoindre Bou Tazoult à cause des pluies abondantes : le seul jour dans notre semaine de présence.
Nous roulons sous la pluie, toujours la pluie sur un pare-brise crasseux, … au point d'être arrêtés à un contrôle de gendarmerie, pour n'avoir pas vu le minuscule panneau « Stop » installé au ras du bitume. Mais nous sommes libérés aussitôt par un jeune gendarme gêné par la pluie, et appelé opportunément sur son portable. Une chance ! Al Suerti ! comme on dit en langage local.

Les kilomètres se poursuivent sous le même déluge, jusqu'à Iflilt d'où nous apercevons la maison en haut de la colline, celle que tout iminien utilise comme repère, la Koutoubyia iminienne : la maison du directeur.
Photo 4 la maison du directeur.
Photo 5 les maisons de Sainte Barbe-Ouggoug.
On la distingue à peine, dans un halo humide et quelques gouttes résiduelles sur le pare-brise, de même pour les autres maisons de ce versant donnant sur l'oued. Cette pluie fait des heureux : le château d'eau et la végétation ; plus tard ce sont les habitants qui en profiteront dans leur jardin et au robinet.
A l'« embranchement » on craint déjà le pire en voyant deux camions chargés de minerai descendre lentement vers le radier. Mais on prend des photos d'une banderole suspendue et de drapeaux marocains semblant indiquer qu'un événement s'est déroulé là dernièrement.
Photo 6 la banderole à l'embranchement.
Photo 7 les drapeaux marocains et la borne.
Alors, seulement, nous allons vers l'oued … en légère crue, mais nerveuse ! Les épisodes anciens de crue brutale et de véhicules emportés nous enclinent à la prudence.
Photo 8 l'oued en crue. - Photo 9 quand l'oued est à sec.
La lecture des deux photos permet de comparer la hauteur du radier en amont d'une part, et l'érosion en aval d'autre part. Les années se suivent, les crues aussi, les dégâts également. Il faudrait un pont.
Après réflexion nous arrêtons là notre tentative de traversée, ne sachant pas si le passage est possible, mais surtout ne pouvant faire un pari sur les possibilités de retour.
Un homme en burnous se présente près de l'eau, il ôte ses chaussures, remonte soigneusement ses bas de pantalon et s'engage précautionneusement, évitant de glisser sur la boue et d'être emporté par le courant capricieux. Il réussit, tandis que nous rebroussons chemin, fort dépités de cette deuxième tentative avortée en 12 ans. La veille tout allait bien, le soleil brillait sur l'Atlas, sur Telouet, sur Aït Ben Haddou, sur Ouarzazate, … et le lendemain sans doute tout aurait été possible après la fin des chutes de pluie et de neige. Vraiment c'est pas de chance, mais c'est un excellent prétexte pour revenir.
Regrets de n'avoir pu aller jusqu'à Bou Tazoult !
Regrets aussi de n'avoir pu faire un reportage pour nos amis iminiens restés chez eux, et qui auraient été heureux de voir les photos récentes de leur village ! Je vous promets d'y retourner. Parce que je suis assez égoïste pour ne pas rester sur cet échec.

Du coup, le moral en berne … quelques instants. Nous reprenons la direction du Tichka, traversant des villages déserts, où tous les habitants se calfeutrent dans leur maison. Une mosquée en bord de route tranche par ses décors sur la grisaille environ-nante.
Photo 11 la mosquée colorée.
Nous trouvons quelques segments de route inondés, de multiples cascades dévalant les pentes, nous croisons très peu de véhicules, mais ils sont enfarinés de neige.
Photo 12 la petite cascade.
Cela nous promet une traversée de l'Atlas délicate à tout le moins, et ça nous rappelle des épisodes anciens sous plus de trois mètres de neige.
Photo 13 le panneau d'Agouim et la neige.
Arrivant à Agouim, nous constatons que le village s'est fortement développé de chaque côté de la route, il est maintenant doté d'une station service moderne et surdimensionnée ayant remplacé l'antique relais de carburant avec son bidon de 200 litres et sa pompe à main. Wi Fi, restaurant, sont annoncés sur le panneau.
Le plafond est bas, la luminosité presque nulle, les montagnes environnantes sont couvertes d'un saupoudrage de neige des plus esthétiques. Les véhicules projettent des gerbes d'eau, les piétons en burnous épais zigzaguent entre les flaques, nous obligeant à une conduite prudente.
Après un virage en épingle nous montons vers l'ancienne Communauté franciscaine. La chapelle et le dispensaire sont fermés depuis longtemps. Tout semble déserté, abandonné, nous sommes vendredi, jour de prière, jour de relâche pour les élèves et les moniteurs.
Photo 14 l'atelier de menuiserie.
Nous le savions, mais ne nous plaignons pas, parce qu'ainsi nous avons quartier libre pour investir les lieux, prendre des photos à notre guise.
Un gardien habite dans le logement des Pères, il apparaît à la porte de la cuisine. Loin de nous interdire quoi que ce soit, il vient s'enquérir de nos personnes et nous invite à découvrir tous les extérieurs. A l'évocation du Père Norbert, de ses compagnons, des mines d'Imini, … il s'ouvre et se présente comme ancien élève de Monsieur ROMANO, et découvre que nous avons partagé les bancs de l'école marocaine. Il était surnommé par son maître Lahcen l'« électricien », pour la bonne raison que son père était électricien à la mine, et pour le différencier d'un autre Lahcen partageant sa classe (serait-ce Lahcen Berkou ?).
Photo 15 Lahcen l'« électricien » et son épouse.
Photo 16 le poulailler et les dépendances.
Hormis le gardiennage des locaux, l'abandon est manifeste, et le poulailler en est un triste exemple. Là où la basse cour abritait des poules, des coqs et des lapins, produisait des oeufs, le grillage ne protège plus que des cages démantibulées où les renards ne mettent plus les pieds.
Les doigts nous démangent de remettre en état tous ces outils tellement nécessaires à l'alimentation de la famille du gardien, pour le moins.
Photo 17 l'ancien gardien, … à l'allure de Père franciscain.
Quelques clichés plus tard,...
après avoir rencontré aussi la femme de Lahcen et son prédécesseur à la Communauté nous repartons en direction de la montagne et traversons lentement Igherm devant l'auberge Drouin fermée, non loin du traditionnel ralentis-sement face de la gendarmerie.
Photo 18 la « forteresse » du grenier communal d'Igherm.
Photo 19 la porte donnant sur la cour de l'auberge Drouin.
Un peu plus de monde dehors, surtout des hommes, le village semble se réveiller peu à peu. Direction Aguelmous où un panneau annonce l'édification d'un village de vacances en place des installations du téléphérique.
On ne peut que se réjouir de constater la nouvelle vocation des anciens bâtiments.
Photo 20 le panneau de construction à Aguelmous
Davantage de véhicules légers roulent dans les deux sens, mais sans précipitation. Toutefois avant le col du Tichka nous constatons deux accidents de tôle froissée par excès de vitesse et imprudence sur un sol légèrement enneigé. Ceux-là ne sont pas prêts à repartir, les voitures sont fracassées, et ils attendent la dépanneuse.
Photo 21 les engins de travaux publics en arrêt « intempéries ».
Au carrefour de la route de Telouet, un rassemblement d'engins de terrassement, de camions, de bulldozers montre l'importance des travaux routiers entamés dans le secteur.
Photo 22 les bâtiments du col au loin.
La couche de neige s'épaissit et les locaux commerciaux du col s'enfoncent dans leur manteau blanc, frigorifiés, balayés par le vent.
Sitôt passé le col la route est sèche, seuls les versants montagneux conservent une fine pellicule blanchâtre : curieux contraste montrant que le vent a joué un rôle important dans les précipitations. Le refuge et le bar voisin sont fréquentés par des passagers soulagés de trouver enfin la route en bon état de rouler et heureux de se mettre au chaud pour une boisson réconfortante.
La suite au prochain numéro, très bientôt.






