VISiTE AU SITE D'IMINI AU PRINTEMPS 2019
Un reportage de Jean-Yves sur quelques lieux rénovés (ou pas) des mines de l'Imini
Retour au pays.
Dans le cadre d'un déplacement à Ouarzazate pour le compte de Tiwizi 22, notre association qui soutient les actions de l'association Al Michkat, dirigée par Malika ABDEDDINE, j'ai pu m'échapper le dimanche 24 février 2019 pour une incursion rapide aux mines d'Imini, sur le site de Sainte Barbe-Ouggoug et Timkkit. La température de cet après-midi est idéale, le ciel est d'azur, et les villages sont bien calmes, jour chômé oblige. On se croirait en vacances au début de l'été, si ce n'était cette lumière si douce, caractéristique d'une fin d'hiver. Les photos n'en seront que plus belles, plus « sensuelles ».
Mon reportage sera plus réduit que d'habitude, à la recherche de sensations plus intimes.
Dès après le passage du gué, j'aperçois les premières maisons de Sainte Barbe-Ouggoug, d'abord celles qui bordent le cadre « tennis-piscine », cachées derrière leur rideau de roseaux, puis celles de l'étage supérieur, et là la surprise !! Lors de mes précédents séjours, j'avais noté le « vieillissement » progressif des maisons, dont certaines étaient inhabitées et glissaient doucement vers un abandon manifeste, souligné par des jardins secs, aux herbes folles. Une chape de tristesse s'abattait alors sur les visiteurs de passage, ces anciens iminiens alléchés à la perspective de renouer avec leur cadre favori. Aujourd'hui, c'est une vague de plaisir qui m'envahit : les maisons respirent à nouveau !
Photo 1 la maison à la tour.
Sur cette photo zoomée de la maison à la tour, on ne parle plus de rafraîchis-sement, mais de restauration de qualité. Peut-être trouverai-je prochaine-ment dans mes albums antérieurs un exemplaire de cette maison dans les années 2010-2011 ? On pourra comparer son état actuel avec celui qui était le sien à l'époque : des murs lézardés, décrépis, une végétation rabougrie, … un sentiment d'abandon au bout du chemin.
Sur cette photo, outre la nouvelle peinture, et les beaux décors berbérisants, on remarque la blancheur de la terrasse couverte, si accueillante et protectrice quand le soleil darde ses rayons estivaux.
Je n'ai pas prolongé ma progression dans cette direction. Le peu de temps dont je disposais en cette fin d'après midi m'a tout de même autorisé à passer devant les bureaux et à prendre la photo suivante où le mur extérieur est décoré d'une allégorie sublimant la « marche verte » lors de la reconquête du Sahara. Curieux, mais haut en couleurs !
Photo 2 le mur des bureaux.
J'ai découvert que Sainte Barbe-Ouggoug était devenu le point central des habitations des cadres, puisqu'il n'existe plus rien ou presque à Bou Tazoult (mais nous verrons plus tard) d'une part, et que le parc à bois et à matériaux s'est considérablement développé en face des bureaux, donnant un impression de concentration. Toutefois Timkkit conserve toutes les capacités techniques. A voir plus tard.
Poussant jusqu'au fond de la vallée, j'ai constaté que les maisons préfabriquées étaient vides d'occupants, délaissées à l'ombre des eucalyptus dans le soleil couchant. Le silence de cette solitude est oppressant : pas une âme à l'horizon en ce dimanche, même en remontant vers le centre. Dans l'une des maisons a habité la famille Aomar HERDA, et un peu plus haut la famille de Mohammed MAALI, parti depuis au siège à Casablanca.
Photo 3 les maisons préfabriquées.
Photo 4 la maison près des bureaux.
Cete maison, occupée autrefois par la famille PHILIP, précède la rampe, assez raide, montant à la maison des hôtes, juste derrière l'agence postale.
Hormis les bureaux, point de convergence des travailleurs en semaine, la vie familiale se déplace sur l'autre versant, vers la piscine-tennis, à preuve on y retape les maisons, et quelques fumerolles apparaissent sur les toits en cette deuxième quinzaine de février. Mais il n'y a de commerce nulle part, sinon en allant jusqu'à Timkkit où se concentre la colonie des ouvriers. Et l'école pour les enfants de Sainte Barbe : à Timkkit sans doute.
Beau soleil toute la journée, donnant une douce chaleur mais qui tourne au frais aussitôt que l'astre décline, et justifie le chauffage central.
Je ne résiste pas à l'envie d'un saut de puce jusqu'à Timkkit, juste pour le plaisir d'emprunter cette portion de route, courte, mais qui débouche d'un seul coup sur le village, en haut de la dernière côte.
Photo 5 les premières maisons minières.
Au premier rang, les maisons des ouvriers collées les unes aux autres, comme dans tous les bassins miniers au monde. Une façon de se « serrer les coudes » au travail comme dans le quotidien familial, une forme de solidarité, près des jardins potagers cultivés avec soin. Les préfabriquées, plus anciennes, dominent la rangée de celles construites en pierre et terre, assimilées aux matériaux du sol.
Photo 6 les jardins soigneuse-ment cultivés.
Un détail m'interpelle. Dans ce paysage minier, dont on sait qu'il a tendance à se noircir, de chaque côté de la route, plusieurs parcs paysagers patronnés par des fondations, dont une asiatique, sont installés et protégés par des grillages, visiblement entretenus avec soin.
Photo 7 l'un des parcs arborés patronnés par des mécènes.
Dimanche, 17 heures : avant de retourner au travail le lendemain, les ouvriers profitent de leurs derniers moments de repos, bavassent devant les commerces, et profitent de leur position privilégiée dans le virage pour observer et commenter tous les mouvements sur la route.
Pour habiter à Timkkit, il faut supporter le vent chargé de poussière noire, qui balaie tout sur son passage, surtout du côté de l'exploitation. A droite de la route : les locaux techniques, garage, dépôts de matériels, … Et à gauche ce que nous avons toujours connu, la bascule, le dépôt des sacs de minerai, la laverie, et plus haut sur le flanc de la colline les bâtiments regroupant quelques bureaux. A vrai dire, dans mon empressement, je n'ai pas eu le temps de vérifier que ces derniers existaient encore. Il y avait là l'infirmerie, mal placée pour rester propre. Je crois qu'elle a déménagé dans le village. Encore un sujet de recherche lors d'un prochain passage.
Photo 8 le mur de protection contre les vents chargés de minerai.
La SACEM essaie de lutter contre les vents en édifiant un mur haut et long de chaque côté de la route pour empêcher les dépôts trop importants sur la chaussée. Malgré tout les ornières persistent, gonflées et durcies par les pluies qui solidifient les dépôts sur le goudron. Les trous sont légion, sollicitent les suspensions des véhicules et le rachis des conducteurs. J'en ai fait l'amère expérience. Dans ce couloir, au niveau de l'impressionnant bâtiment de la laverie, il y a un trafic soutenu ou presque puisque plusieurs véhicules me croisent, y compris des vélomoteurs.
N'ayant pas le temps d'aller plus loin, parce qu'il me faut rendre la voiture à l'agence de location, je fais demi tour au pied du téléphérique à stériles, et regarde maintenant le village ouvrier face à moi.
Photo 9 les casbahs ouvrières.
Les casbahs ouvrières dressent leur silhouette massive dans le village, comme des tours de défense. Leur couleur ocre se détache dans cet univers si sombre, sans doute sont elles épargnées par les vents dominants. Pourtant, dans des photos anciennes, elles avaient une teinte tristounette de rose perçant à peine sous le noir collé. Prenons le pari qu'elles ont été repeintes voici quelque temps.
En retournant vers le village de Sainte Barbe-Ouggoug les rayons déclinants du soleil illuminent les collines comme une palette de couleurs. Les ombres s'allongent tels des fantômes envahissants, et mettent en évidence les « bornes » constituées de grosses pierres empilées et peintes en blanc. Elles sont ainsi disposées régulièrement tout au long de la route. A quoi servent-elles exactement ? Point ne sait. Décor, prestige, utilité routière ?
Dieu ! Que ce paysage est beau, alignant les barrières montagneuses les unes derrière les autres, donnant un relief particulier à ce petit bout de pays insignifiant. Les maisons en cours de restauration s'incrustent en relief sur le fond.
Photo 10 le transformateur de Sainte Barbe-Ouggoug.
Pour regagner Ouarzazate, il faut passer devant le transformateur, traverser à nouveau le gué, afin de rendre la voiture et de me reposer après cette virée, dont j'ai omis de vous dire qu'elle avait commencé à Agouim en début d'après-midi. Eh oui ! Je ne saurais abandonner tous mes projets de retour à la terre promise. Un petit reportage en ce sens après la série « mines d'imini » ?









