JEAN-YVES A RETROUVÉ À MARRAKECH UNE PERSONNALITÉ CONNUE: ALLAL ABOU AMER, UN AUTRE IMINIEN. IL TÉMOIGNE:

Panorama avec Atlas Bertrand   La chaine de l'Atlas vue depuis Marrakech - Photo René Bertrand

"La communauté des mines d'Imini était forte et riche de nombre d'ethnies, de nationalités, de professions naviguant autour de l'activité centrale qui était l'exploitation du manganèse. Des professions indispensables à la vie quotidienne des familles et des individus, pour le travail, l'alimentation, la santé, l'éducation, les loisirs, … Tous les villages circonscrits autour de l'exploitation, autant européens que marocains, ont bénéficié de cette logistique nécessaire, logistique qui a évolué avec les années à cause des besoins nouveaux, en fonction des changements de population, …

Dans cette population forcément hétérogène, par le fait de l'origine des familles, se sont détachées des personnes, des personnalités, déjà par la hiérarchisation professionnelle, mais également par leur implication ou leur rôle important dans le quotidien des familles.

Pourquoi les oublier, pourquoi ne pas les mettre en valeur, en sachant que mon témoignage est extrêmement succinct du fait de mon regard et de mon souvenir d'enfant de l'époque ?

Comment penser que les lecteurs, fidèles amis des mines d'Imini, aient pu les oublier, en n'ayant pas fatalement le même regard que moi ? J'espère vivement que ce modeste article réveillera quelques commentaires à tout le moins, quelques anecdotes, quelques réflexions de toutes les « fratries » ayant séjourné sur place, et désireuses d'apporter des précisions, des contradictions éventuelles, … une vie sur ce blog qui a le mérite d'exister et d'être entretenu par notre ami marrakchi, Michel..

Au printemps dernier j'ai connu un véritable dilemme dans mon petit coin de Bretagne nord. Dilemme qui m'a obligé à choisir entre deux évènements majeurs intéressant la vie d'Imini. Je réside à côté de Morlaix, dans le Finistère. Et le même jour je devais soit aller rendre visite à Malika ABDEDDINE, séjournant dans la région de Rennes (dans le cadre de son association avec Tiwizi22), soit aller à la rencontre de l'auteur des bandes dessinées du Concombre masqué, Nikita Mandryka (parrain d'un salon de la BD), ayant vécu avec sa famille, celle du Docteur Mandryka qui exerçait à Bou Tazoult dans les années 50. Malheureusement, les deux sites étant à l'opposé de me suis résolu à rejoindre Malika, à qui notre petit groupe familial voue une amitié fidèle et reconnaissante pour ses activités au sein de Michkat Tassoumat.

A tous, bonne lecture, bonne réflexion , … et bonne écriture. Amitiés estivales, chaleureuses de Bretagne, où le soleil brille (mais pas comme à Imini).

Jean-Yves TRAMOY."

Y A-T IL ENCORE UN RESTAURANT IMINIEN À MARRAKECH ?

Ou : le portrait d'une célébrité de Bou Tazoult.

Pour gagner la place Jemââ el Fna, après la Koutoubia, on marche entre l'ex-Club Med Médina et la station des calèches du square Arset El Bilk, où les odeurs des chevaux attaquent véritablement nos narines.

photo 1 les calèches devant la Koutoubiaphoto 1 : les calèches près du square Arset El Bilk

photo 2 entre la Poste et la banque Al MaghribSur le trottoir de droite, la Poste et la Banque Al Maghrib encadrent la voûte de la rue Bani Marine* photo 2 : la plaque de rue, presque piétonne, assez commerçante où se niche, au numéro 35, le restaurant discret d'un de nos amis Boutazoulti, l'ancien épicier Allal ABOU LAMER.

photo 3 Bou Tazoult, l'épicerie d'Allal

photo 3 : l'épicerie de Bou Tazoult. Une figure illustre de Bou Tazoult appréciée de tous, marocains et européens, toujours affable dans sa boutique, souriant, prêt à vendre et à rendre service. Je vois encore les caisses de légumes en bois dans lesquelles oignons, carottes, pommes de terre, poireaux, salades étaient bien alignées. Leurs odeurs mélangées persistent dans ma mémoire. Mais l'épicerie d'Allal ne faisait pas qu'office de commerce, elle était aussi l'occasion des rencontres à toute heure, le lieu de toutes les conversations dans un couloir rafraîchi par la fabrique de glace toute proche. Pendant l'été, son neveu Boubker, adolescent, venait le suppléer dans son commerce, avant d'entamer une belle carrière aux Etats-Unis (cherchez sur internet). Bou Tazoult : tremplin vers les hautes sphères ? Oui, ce n'est pas une exception !

Au jour d'aujourd'hui, il semblerait qu'Allal soit remplacé dans son local par le seul commerçant resté à Bou Tazoult, Si BOUSTA, qui a abandonné son petit commerce du village marocain où il se sentait bien isolé, et qui a retrouvé comme clients les tâcherons chargés de « poursuivre » et d'exploiter le filon de manganèse serpentant sous les bâtiments déserts, émergeant par-ci par-là de temps à autre. Les pluies successives, souvent fortes, drainent des boues de terre rouge sur la route, qu'il faut nettoyer de temps à autre.

photo_4_Si_Bousta_et_moi_memephoto 4 : Si BOUSTA dans son ancien commerce du village marocain.

Pour la suite de sa carrière, Allal a délaissé son établissement contigu à la cantine de Bou Tazoult, et emmené sa famille à Marrakech pour ouvrir cette escale sans prétention, mais ô combien accueillante.  xxxxxxxxxxxxxxxxxxx

photo 5 entree

photo 5 : la façade principale.

 A l'entrée une grande jarre permet au passant de se désaltérer gratuitement (témoignant ainsi de l'hospitalité marocaine tradition-nelle), et les tajines alignés sur les kanouns libèrent leur parfum d'épices pour appâter le client.

photo_6_les_tajines

photo 6 : les tajines

Dès l'entrée, derrière le comptoir, Brahim, maître des fourneaux salue chaleureusement la clientèle, et reconnaît les amis même quand ils ne sont pas venus depuis longtemps, trop content de leur lancer : « Marhbabikoum ! », de leur attribuer une table, et de leur servir aussitôt une boisson fraîche.

La salle, aérée, spacieuse et bien éclairée, meublée de tables et chaises en plastique blanc, permet de déjeuner en retrait de la chaleur crue de la rue.

photo 7 la salle

photo 7 : la salle.

Parfois, quand l'été n'est pas trop chaud, Allal fait un passage, il reste quelques instants assis sur le seuil à discuter avec les visiteurs, jette un oeil sur le service, puis regagne son domicile à l'autre bout de la ville, laissant les employés tenir la maison.

photo 8 Allal en propriétaire heureux

photo 8 : Allal éternellement souriant.

Il est toujours heureux de recevoir ses anciennes connaissances ou ses anciens clients des mines d'Imini qui passent par la médina de Marrakech, d'avoir la surprise de leur passage.

Au cours de nos différents séjours marrackchis, nous y avons pris régulièrement nos habitudes, vite imités par nos accompagnants, ou par nos amis lors de leur voyage au Maroc.

photo 9 le cadeau d'anniversaire pour Maman

Maman, fidèle cliente de l'épicerie de Bou Tazoult et du restaurant de Marrakech, a même fêté son anniversaire chez Allal (avec un petit décalage) photo 9 : l'appareil photo, cadeau pour Maman, et y avait auparavant rencontré des anciens des mines d'Imini : ROUDANI le maître menuisier, et Hassan BEN TALEB le comptable

photo 10 ROUDANI, ABOU LAMER, BEN TALEB en notre compagnie

photo 10 : ROUDANI, ABOU LAMER et BEN TALEB en notre compagnie.

La carte toute simple, mais gourmande, propose des salades de tomates aux oignons, d'olives, d'oeufs, … et viennent ensuite les délicieuses petites brochettes de viande, de coeur, de foie, … accompagnées des tajines embaumant l'atmosphère.

photo 11 la dégustation du tajine en se frisant les moustaches

photo 11 : la dégustation du tajine en se frisant les moustaches.

Les assoiffés se désaltèrent de bouteilles de Sidi Ali, perlant de fraîcheur, et aidant à supporter les épices avant un thé à la menthe servi à la marocaine pour favoriser une bonne digestion avant de participer à la « fièvre acheteuse » dans les souks voisins.

photo 12 le traditionnel thé à la menthe

photo 12 : le traditionnel thé à la menthe.

C'est toujours à regret que l'on quitte cette table, … pour souvent y revenir le lendemain après avoir visité les curiosités voisines : palais de la Bahia, les ferblantiers, le souk des bijoutiers, … xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Mais le temps passe pour tout le monde. A nous regarder dans la glace, nous constatons que nous avons beaucoup vieilli depuis cette période, que nos forces ont décliné. Qu'en est-il de nos amis marrakchis et iminiens ? Eux, non ! Loin de nous, dans notre mémoire ils ont conservé cette silhouette et ce visage que nous leur avons connus autrefois. Que sont-ils devenus aujourd'hui ? Nous leur souhaitons de conserver la santé, et de bien profiter de leur vie en famille. Avec l'espoir de les retrouver au plus vite sur leur terre accueillante et de revivre avec eux quelques instants de ce bonheur d'antan.

Jean-Yves TRAMOY

*Bani Marine : le nom vient d'une tribu, les Banou Marine, qui gagna une bataille en l'an 613 de l'Hégire (1216) contre les Mouwahhidine au sud de la ville de Fès, devenant ainsi une force incontournable dans les prémices de construction du Maroc médiéval.

Témoignage qui date, puisque les faits sont authentiques mais la situation a changé depuis ces années 2001 à 2011, où nous avons fréquenté cet établissement plein d'un charme typique local. Aujourd'hui, des jeunes ont succédé à l'ancien propriétaire. Ne pouvant nous priver éternellement d'un séjour à Marrakech, nous ne manquerons pas d'y retourner à l'occasion pour prendre contact et vous rendre compte.

Merci à Jean-Yves pour ce portrait d'un ancien d'Imini qui a su créer une nouvelle activité après la fermeture du village de Bou Tazoult. Merci à lui d'entretenir vivante la flamme du souvenir des pionniers et d'entretenir l'amitié; il mérite notre gratitude.